Comment le Conseil des droits de l’Homme aborde la question ukrainienne ? L’organisation onusienne qui siège à Genève ne pouvait bien sûr éviter le problème. Elle s’est saisie de l’affaire bien sûr, et elle a traité des atrocités de la guerre. Le Club suisse de la presse a réuni, il y a quelques jours, un panel d’experts dont Federico Villegas, ambassadeur d’Argentine auprès de l’ONU, qui préside le Conseil des droits de l’Homme, pour explorer ce que le Conseil est en mesure de faire, ou pas.
Le président du Conseil n’esquive pas : « Nous assistons en direct à des atrocités de masse, y compris à des crimes de guerre ». Lucy McKernan, directrice par intérim de Human Rights Watch, renchérit : « Nous avons documenté des cas potentiels de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité : exécutions sommaires, torture, disparitions forcées, utilisation indiscriminée d’armes et de munitions à fragmentation interdites qui ont un impact grave sur les populations civiles ».
Donbass, mais2022.
Felix Kirchmeier, directeur exécutif de la Plate-forme des droits humains à l’Académie de droit international humanitaire et des droits de l’Homme, constate : «L’Ukraine est sous les feux de la rampe, car elle est proche de l’Europe. Mais ce n’est pas si différent de ce que nous connaissons dans d’autres conflits. Il y a des comparaisons à faire, y compris avec des exactions du gouvernement russe antérieures au conflit ukrainien ».
Le Conseil de sécurité, lui, est pointé du doigt pour sa lenteur. Kevin Whelan, représentant d’Amnesty International auprès de l’ONU, constate que « le Conseil de sécurité ne s’est pas penché sur les atrocités en Ukraine à cause du veto russe. Il remet en cause le Conseil de sécurité, mais pas le Conseil des droits de l’Homme qui ne peut pas tout faire. L’idéal serait que tout le monde puisse malgré tout travailler dans la même enceinte ».
« Comme le dit l’ambassadeur Villegas, il n’y a pas de droit de veto au Conseil des droits de l’Homme. Il peut agir alors que le Conseil de sécurité ne le peut pas. Le Conseil des droits de l’Homme sera jugé non pas en fonction de ce qui se passe à Genève, mais en fonction de ce qui se passe sur le terrain », ajoute Kevin Whelan.
L’Ambassadeur Villegas a indiqué que les mécanismes onusiens sont complémentaires. « Tous veulent la justice et établir les responsabilités, œuvrer à une véritable réparation pour les victimes d’atrocités. La Commission d’enquête qui a été créée fera rapport au Conseil des droits de l’Homme ».
La Russie a été exclue du Conseil. Mais l’ambassadeur Villegas souhaite que la Russie puisse le réintégrer un jour.
Human Rights Watch, salue « la volonté politique de demander des comptes pour les crimes que nous voyons en Ukraine. En raison de l’ampleur des abus que nous avons constatés, nous aurons besoin de toutes les bonnes volontés. La Cour pénale internationale ne s’occupe que de quelques cas et pas des centaines de milliers d’affaires qu’il y a à étudier. Heureusement, certains États entreprennent eux aussi des enquêtes », ajoute Lucy McKernan.
Felix Kirchmeier juge que l’exclusion de la Russie du Conseil des droits de l’Homme est une bonne chose. « Mais il ne serait pas bon d’exclure la Russie des discussions au sein du Conseil des droits de l’Homme longtemps. Il est nécessaire d’avoir un espace où l’on peut discuter de nos différends. L’ONU a été créée pour cela ».
Luisa Ballin